Le diabète, une maladie silencieuse souvent ignorée

Nous sommes 500.000 en France à souffrir de diabète de type 2 sans le savoir. Pas étonnant : cette maladie sournoise ne provoque aucun symptôme durant de longues années. En silence, le diabète affecte l’organisme, augmentant le risque d’infarctus et de cécité. Se faire dépister à temps permet de prévenir ce type de complications.

Etre diabétique sans le savoir, c’est possible ? Oui et les diabétiques qui s’ignorent sont même nombreux : environ 500.000 en France. En comparaison, ils sont 2,5 millions à suivre un traitement médicamenteux. « Le diabète est une maladie insidieuse qui ne parle pas », explique le Pr Jean-François Gautier, secrétaire général de la Société francophone du diabète (SFD).

Les patients qui souffrent du diabète de type 2 peuvent tout ignorer de leur pathologie. Les troubles n’apparaissent qu’après plusieurs années : une soif importante, une perte de poids, des envies d’uriner fréquentes même pendant la nuit. A ce stade, le diabète risque d’avoir endommagé certains organes.

« Vous ne ressentez rien du tout »
Jackie Chaline, une habitante de Pontault-Combault (Seine-et-Marne) aujourd’hui âgée de 64 ans, a appris qu’elle était diabétique grâce à sa sœur jumelle. C’était il y a environ 15 ans. Sa sœur se rend chez son médecin pour un banal rhume. A la fin de la consultation, elle manque de quitter le cabinet sans lui parler de cette soif qui est apparue récemment. Le médecin la retient alors et lui prescrit une analyse de sang qui révèle une glycémie – un taux de glucose dans le sang – de plus de 4 g. La glycémie est normalement comprise entre 0,7 et 1,10 g.

Alertée par sa sœur jumelle, Jackie Chaline se soumet elle aussi à des examens qui concluent au diabète. Depuis combien de temps souffrait-elle déjà de la maladie ? Mystère. « C’est ça le drame avec le diabète, il n’y a aucun symptôme, vous ne ressentez rien du tout. »

Des dégâts irréversibles
La maladie s’attaque pourtant à l’organisme pendant toutes ces années où elle reste tapie sans le moindre symptôme. Un taux élevé de sucre dans le sang porte atteinte aux nerfs, aux petits vaisseaux qui irriguent les yeux et les reins, aux artères du cœur et du cerveau. Une hyperglycémie chronique augmente donc les risques de rétinopathie, une affection grave des yeux, d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral…

« 10 à 15% des diabétiques ont déjà des complications au moment du diagnostic », déplore le Pr Vexiau, chef du service de diabétologie à l’hôpital Saint-Louis (Paris) et secrétaire général de l’Association française des diabétiques (AFD). « Or les complications, c’est ce qui fait toute la gravité de la maladie car le chemin est irréversible », poursuit-il.

Quand se faire dépister ?
En avril 2009, Jackie Chaline a été hospitalisée pendant trois mois pour une insuffisance cardiaque sévère. Existe-t-il un lien avec le diabète ? « C’est possible mais les médecins ne savent pas le dire dans l’absolu », remarque cette patiente. Aujourd’hui, « entre l’apparition de la maladie et le diagnostic, il se passe en général entre 8 et 10 ans », évalue le Pr Patrick Vexiau. Un laps de temps suffisamment long pour permettre à la maladie d’œuvrer en silence.

« Si l’on présente des facteurs de risque, il faut faire doser sa glycémie à jeun au moins une fois à partir de 40 ans », insiste en conséquence le Pr Jean-François Gautier. Ces facteurs sont bien connus, comme les antécédents familiaux, le surpoids, un manque d’activité physique… Des dosages de la glycémie peuvent être proposés plus tôt dans les familles particulièrement à risque.

C’est grâce à des contrôles réguliers que Marie a ainsi découvert son diabète de type 2 relativement tôt, à 35 ans. La vigilance s’imposait avec un père lui-même diabétique. Depuis trois ans, Marie, domiciliée à La Roche-sur-Yon en Vendée, s’astreint désormais à « une diététique assez stricte » et un traitement médicamenteux. Tous les ans, elle est aussi hospitalisée pendant une journée. Elle subit alors une prise de sang, des examens de la rétine, des pieds, rencontre un diabétologue et un nutritionniste.

Une maladie en constante progression
Les diabétiques informés rapidement de leur maladie mettent le maximum de chances de leur côté. « Si l’on dépiste tôt, on peut prévenir les complications », encourage le Pr Vexiau. Or, l’on sait que « le diabète est la première cause d’amputation non traumatique en France » et « la première cause de cécité avant l’âge de 65 ans », poursuit le Pr Vexiau.

Les dépistages devraient-ils être encore plus systématiques et plus précoces ? La maladie progresse en tout cas constamment parmi la population. Le diabète de type de 2 touche aussi des patients de plus en plus jeunes. Alors que l’alimentation s’enrichit en sucres et en graisses et que la sédentarité gagne du terrain, le diabète apparaît désormais chez les moins de 30 ans. Le constat du Pr Vexiau : « Il y a vingt ans, c’était très rare. »
Sandra Jégu

Qu’est-ce que le diabète de type 2 ?
Le diabète de type 2 est aussi appelé diabète non insulinodépendant. Deux anomalies sont responsables du diabète de type 2 : d’une part, le pancréas produit de l’insuline mais en quantité insuffisante. D’autre part, cette insuline n’agit pas efficacement. Or, l’insuline est une hormone qui permet de faire baisser la glycémie. A terme, le pancréas fatigué ne parvient plus à assurer une production d’insuline suffisante et le taux de glucose dans le sang augmente.

Le contrôle strict du taux de sucre dans le sang est le principe fondamental du traitement du diabète de type 2. Sa prise en charge repose en priorité sur des mesures diététiques associées à de l’exercice physique. Un traitement médicamenteux à base d’insuline injectable et d’anti-diabétiques oraux peut être nécessaire en cas d’aggravation. Le diabète correspond à une glycémie à jeun supérieure à 1,26 g. Celui-ci apparaît généralement après 40 ans.

Dans le cas du diabète de type 1, le corps ne fabrique plus du tout d’insuline. Ce diabète est diagnostiqué chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Il nécessite des injections d’insuline quotidienne pendant toute la vie.

Test : êtes-vous à risque ?

Ce test permet d’évaluer le risque de devenir diabétique après 40 ans. Il a été élaboré par l’Association française des diabétiques (AFD). 

Y a-t-il des diabétiques dans votre famille ? 
Aucun : 1 point
Parent(s) éloigné(s) : 2 points
Père/mère/frère/sœur/enfant : 4 points

Comment est votre silhouette ? 
Mince : 1 point
Un peu enveloppée : 2 points
Assez ou très enveloppée : 4 points

Femme : vous avez une taille 
Fine : 1 point
Un peu épaisse : 2 points
Très enveloppée : 4 points

Homme : Vous avez de « l’estomac » 
Non : 1 point
Un peu : 2 points
Beaucoup : 4 points

Vous êtes une femme et vous avez eu un enfant dont le poids à la naissance était : 
Inférieur ou égal à 4 kg : 1 point
Entre 4 kg et 4,5 kg : 2 points
Egal ou supérieur à 4,5 kg : 4 points

Vous a-t-on déjà dit que vous aviez une glycémie élevée ? 
Jamais : 1 point
Une fois : 2 points
Plus d’une fois : 4 points

Vous avez une pression artérielle élevée 
Non : 1 point
De temps en temps : 2 points
Oui : 4 points

Vous pratiquez une activité physique 
Importante (2 fois par semaine ou plus) : 1 point
Modérée (une fois par semaine) : 2 points
Faible : 4 points

Résultats

Si vous êtes un homme 
Moins de 8 points : le risque est minime
Moins de 11 points : le risque est moyen, consultez votre médecin
11 points ou plus : le risque est élevé, consultez et faites contrôler votre glycémie

Si vous êtes une femme 
Moins de 10 points : le risque est minime
Moins de 12 points : le risque est moyen, consultez votre médecin
12 points et plus : le risque est élevé, consultez et faites contrôler votre glycémie