Hypertension artérielle : se faire dépister au moins une fois par an

Après 60 ans, l’hypertension artérielle touche 30% des hommes et 50% des femmes. Si elle n’est pas traitée, elle peut provoquer de graves maladies cardio-vasculaires, rénales ou oculaires. Des examens réguliers chez son médecin traitant sont indispensables pour la dépister et en suivre le contrôle.

« Ces dernières années, je suis souvent sur le pont dès 6h et je ne rentre pas du travail avant 22h. Entre le stress, la sédentarité et une alimentation décousue, j’ai pris du poids », confie Patrice, un éleveur porcin de 55 ans. « Il y a trois ans, ma femme, qui est infirmière, m’a poussé à consulter après plusieurs épisodes de maux de tête matinaux partant de l’arrière du crâne : on m’a diagnostiqué une hypertension. » Comme Patrice, 11 millions de Français sont atteints d’hypertension artérielle (HTA), mais la majorité d’entre eux l’ignorent.

L’HTA n’entraîne, du moins à ses débuts, pas de symptômes spécifiques. Il s’agit pourtant d’une vraie maladie. « On parle d’hypertension artérielle quand plusieurs mesures de la tension au repos, faites par un médecin, dépassent 14-9 ou 13,5-8,5 si vous la mesurez vous-même », explique le Pr Claude Le Feuvre, premier vice-président de la Fédération française de cardiologie (FFC) et consultant à l’Institut de cardiologie de la Pitié-Salpêtrière. « Ce seuil peut être inférieur chez des patients atteints de diabète ou encore d’insuffisance rénale. »

Un tiers des décès annuels en France
Danièle Kuntz, retraitée de 66 ans qui « vit avec » l’HTA depuis plus de 30 ans, la décrit comme « un mal insidieux qui vous tombe dessus sans prévenir et peut vous mener jusqu’au cimetière. » En effet, si elle n’est pas traitée, une tension trop élevée peut provoquer des lésions au niveau du cœur, des vaisseaux sanguins, du cerveau, des reins et des yeux. Elle fait notamment partie des causes d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral et de démence. Elle est responsable d’un tiers des décès annuels en France.

« Sur 8 personnes hypertendus, la moitié (4) sont détectées et 2 suivent un traitement », indique la Fédération française de cardiologie. Le Pr Le Feuvre insiste ainsi sur la nécessité de faire contrôler sa tension au moins une fois par an, afin de traiter une HTA dès ses débuts. Il recommande surtout de mener une vie saine. « Une fois que l’HTA est présente, il est impossible de s’en débarrasser, alors que des mesures hygiéno-diététiques comme une alimentation saine, l’éviction de la cigarette et une activité sportive régulière et adaptée, permettent d’en éviter l’apparition. »

En général, l’HTA repose sur une multitude de facteurs de risque liés à l’âge, à l’hérédité et à de mauvaises habitudes de vie : excès de poids, alimentation trop salée, sédentarité, tabagisme, abus d’alcool et stress. Un très petit nombre de cas – moins de 10% – sont provoqués par un désordre d’ordre cardio-vasculaire, rénal ou endocrinien. C’est le cas de Danièle, qui a été opérée d’une tumeur surrénale, responsable de ses crises d’hypertension. « Depuis, je suis un traitement antihypertenseur. Aujourd’hui, ma tension est stable à 11-7 et je la fais contrôler régulièrement », sourit-elle.

Régime sans sel et activité physique 
Au traitement médical s’ajoutent toujours des mesures d’hygiène et de surveillance personnelle. « Je mange sans sel depuis des années et je profite de ma retraite pour me reposer et me promener au moins une demi-heure par jour, chose plus facile à faire maintenant que lorsque je travaillais », raconte Danièle. « Ce sont là les conseils que nous donnons à tous les hypertendus : un régime sans sel et riche en potassium, ainsi qu’une activité physique régulière », confirme le Pr Le Feuvre.

Le régime amaigrissant sans sel constitue d’ailleurs le premier traitement d’une HTA modérée : ce n’est que dans les cas où il ne suffit pas à normaliser la tension qu’on a recours aux médicaments. C’est par cela que Patrice avait commencé : « J’ai suivi un régime très strict, sans sel du tout, ce qui m’a permis de perdre 15 kilos en 6 mois et de retrouver une tension normale. Mais peu à peu, le stress aidant, j’ai repris mes kilos superflus et ma tension est remontée. Cette fois, le médecin m’a prescrit des médicaments. Ca ne m’empêche pas de me faire plaisir, par exemple en vacances, mais je suis conscient de devoir me surveiller ! »
Alexandra Capuano

Contrôler soi-même sa tension 
« La mesure de la tension fait partie des gestes que j’effectue à chaque consultation », indique le Dr Jean-Bernard Lledo, généraliste à Paris. Souvent, la tension monte pendant cet examen : on parle de syndrome de la blouse blanche ». Pour l’éviter, on peut surveiller soi-même sa tension, à l’aide d’un tensiomètre électronique en vente en pharmacie.
« Asseyez-vous devant une table et attendez quelques minutes », indique le médecin. Posez votre bras sur la table, pour que le brassard soit à hauteur du cœur, et pratiquez les mesures à horaires réguliers, en suivant la règle des 3 : 3 mesures successives matin et soir, à quelques minutes d’intervalle, 3 jours de suite. N’oubliez pas de noter vos résultats. »

Les chiffres de la tension 
Le premier chiffre de la tension est le plus élevé. Il correspond à la pression maximale au moment où le cœur éjecte le sang pour irriguer tout le corps : c’est la pression systolique.
Le deuxième chiffre reflète la pression du sang quand le cœur se relâche et se remplit : c’est la pression diastolique.

Quel rôle nos gènes jouent-ils ? 
« Mon père était hypertendu et je suis, comme lui, d’un naturel anxieux. Je n’ai donc pas été étonné quand mon médecin m’a diagnostiqué une hypertension. » Le témoignage de Maurice, retraité de 67 ans, n’est pas un cas unique. « On a noté que l’apparition d’une hypertension artérielle (HTA) est plus fréquente dans certaines familles, ce qui plaide en faveur d’une cause héréditaire », explique le Pr Le Feuvre, premier vice-président de la Fédération française de cardiologie (FFC) et consultant à l’Institut de cardiologie de la Pitié-Salpêtrière. « En général, elle est corrélée à un excès de poids, ou de stress, qui ont eux aussi des origines héréditaires. »